Les crocs de la nuit [RP privé - Wazaa/Evy]

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Les crocs de la nuit [RP privé - Wazaa/Evy]

Message par Invité le Mer 3 Nov - 20:07

Ouvrez les yeux, et distinguez cette immensité rougie qui s'étend à perte de vue jusqu'aux confins les plus lointains de l'horizon. On croirait que cette étendue sanglante, enflammée, ne se termine jamais, et que le monde tout entier n'est que cet immense désert qui brûle sous le soleil couchant. Le flot de lumière sanguinolent semble produit par la collision du ciel avec la terre, et se répandre ainsi telle une mer impalpable et écarlate sur le sol aride et stérile comme pour le nourrir de vie. Une vie rouge, vive, fluide, fraîche, bouillante. Directement tirée de la gorge d'une victime innocente et anonyme, qui chaque soir est déchirée par les crocs de la nuit s'abattant sur le jour, éclaboussant de sang le monde, la terre, les êtres.

Ce sont des mâchoires cruelles, aiguisées, et insatiables, qui jamais ne finiront de se repaître de nos vies. La nuit se nourrit de nos peurs, la nuit s'abreuvent à nos désirs secrets. Dans ce désert vide et souillé par les émanations violentes du soleil couchant, des âmes se débattent contre leur sort. Qui est de finir dévorées, comme toutes les autres avant elles. Comme toutes celles qui les suivront.

Parmi elles, certaines ont une histoire particulière, une histoire dont tous devraient pouvoir tirer leçon, l'histoire de ces peurs qui sont aussi les vôtres, qui le deviendront, ou qui l'ont été. Il aurait pu être question d'un autre lieu, d'autres personnes, mais c'est d'eux qu'il s'agira, ce sont leurs existences flétrissantes qui seront dépeintes, leur terreur, leur tendresse, leur folie, leur violence, leurs espoirs qui défileront. Jusqu'à ce que le rideau retombe devant vos yeux...

Regardez bien...

Là, dans l'étendue impitoyable, ce point noir qui semble à peine une poussière sur le point d'être balayée... c'est une ville... ou quelque chose qui se veut comme telle du moins... Et ces fourmis que l'on risque d'écraser par inadvertance si on leur marche dessus? Des humains encore en vie... enfin pour le moment...

S'ils s'affairaient ce soir-là, ce n'était pas comme de coutume pour renforcer les défenses encore toute jeunes et fragiles de la ville naissante. Non, il y avait dans leur mouvement quelque chose de plus pathétique encore que ce qu'on pouvait voir chez les humains en temps normal. Regardez comme ils s’agglutinent, comme ils s’agitent… comme ils ont peur… c’est parce qu’ils viennent tout juste de découvrir que leurs remparts ne sont plus suffisants pour les garder en vie… Oui, ce soir-là, ils venaient de se rendre compte que la mort les guettait désormais même de l’intérieur, et qu’elle avait frappée… au hasard, sans pitié…

Cela faisait une semaine que ces survivants s’étaient rassemblés. Ils étaient les rescapés de différentes villes tombées au cours du dernier mois. Certains avaient trouvé des fusées de détresse et étaient parvenus à les utiliser. Tous ceux qui avaient vu ce signal avaient convergé. La ville était née de cet agglomérat d’êtres terrifiées et obstinés. Dans les premiers temps, beaucoup étaient morts à cause des défenses encore balbutiantes, et ils n’étaient plus qu’une cinquantaine. Malgré tout un des plus grands rassemblements de l’outre-monde. Au départ, ils avaient pensé que ce serait un avantage, ayant la chance d’un puits bien pourvu et profond. Mais pas un instant ils n’avaient pensé que cela se retournerait contre eux… pas un instant ils n’avaient pensé que cette multitude servirait à cacher une tâche de souillure… un noyau corrompu… qui les dévorerait tous jusqu’à la moelle s’ils ne parvenaient pas à le trouver à temps.

On pourrait penser qu’un oiseau qui a une aile cassée se remarque facilement parmi d’autres volatiles. Mais imaginez un instant que ces oiseaux ne puissent pas voler, et qu’ils soient cloués au sol… Tant qu’il ne retrousse pas les babines, on ne peut voir les dents du loup.
L’homme avait été tué dans la nuit. Mais on ne l’avait trouvé, ou du moins ce qu’il restait de lui, qu’au coucher du soleil. Son voisin était allé le chercher pour lui dire d’aller aider aux chantiers au lieu de rester chez lui à ne rien faire. Mais à vrai dire, le corps déchiqueté qu’il avait découvert n’était plus tout à fait apte à aider où que ce fût.

On avait sorti le corps et on l’avait déposé sur le sol terreux et sec. Ils étaient tous venus voir, l’air horrifié, le visage déformé par une terreur et une stupéfaction plus vraies que nature. Aucun ne semblait pouvoir être responsable. Et pourtant… La nuit précédente, aucun mort-vivant n’avait réussi à pénétrer l’enceinte. Aucun. Aucun zombie affamé ne pouvait être l’auteur de cette abomination.

Mais elle, ce n’était pas à cela qu’elle pensait. Plantée à quelques mètres du cadavre déjà pourrissant, pas un seul instant elle ne se demanda qui ou quoi avait bien pu faire ça. Les murmures bouleversés autour d’elle, les sanglots nerveux, ce frisson d’épouvante dans l’air la glaçaient d’effroi. Non, ce n’était pas ce genre d’interrogations que soulevait en elle cette odeur de chair en putréfaction, de sang séché, d’organes éparpillés, cette puanteur atroce de violence perpétrée impunément, cette senteur de mort.

Pourquoi ? Comment pouvait-on perpétrer de tels actes ? La cruauté n’avait-elle donc plus de limite ? Fallait-il donc que les hommes commencent à s’entre-tuer de la pire des façons, quand déjà ils se faisaient décimer par des horreurs nées de leur propre bêtise ? N’avaient-ils rien appris ? Avaient-ils seulement droit à l’excuse de la folie ?

Elle regardait sans voir la dépouille sur laquelle bourdonnait déjà toute une population de mouches et d’insectes en tout genre. Emplie d’une perplexité à la fois terrifiée et pleine d’une amère déception, elle frissonna. Le monde n’était-il donc pas déjà assez horrible?

- Kat, viens, ne reste pas là…

Elle sursauta en sentant le contact chaud d’une main sur son épaule. Trop concentrée sur l’horreur en cours, elle n’avait pas entendu s’approcher le jeune homme. Elle ne protesta pas quand il la prit par la main pour la tirer hors de l’attroupement et ainsi l’éloigner de la scène morbide du cadavre pourrissant dans les derniers rayons du couchant. Personne ne se sentait plus prêt à affronter l’attaque de la Horde ce soir.

- C’est pas une bonne idée de rester voi… de rester là. C’est rien qu’un abruti qui a du se coltiner le seul zombie assez malin pour passer, ça sert à rien de s’apitoyer, c’est pas le premier, et pas le dernier.

Quand elle tourna vers lui ses yeux ambrés qui semblaient voilés de gris, il détourna le regard. Il n’avait jamais supporté quand elle le regardait comme ça. Ça lui donnait toujours l’impression d’avoir tort. Alors qu’il avait forcément raison. Elle n’ajouta rien, augmentant son malaise. Il passa son bras autour de ses épaules frêles en un geste protecteur, et entreprit de l’éloigner encore. Elle se laissa faire sans protester. Ne plus sentir cette horrible odeur était pour elle un soulagement, et tandis que l’air chaud et vicié, mais habituel, de la ville emplissait à nouveau ses poumons, elle sentit sa nausée diminuer. Les propos de Dan ne l’avaient pas vraiment convaincue. Elle le connaissait assez pour savoir qu’il préférait ne pas voir les problèmes et déformer la réalité de façon à ce qu’elle lui convienne. Et il essayait aussi probablement de la rassurer. Comme si qui que ce fût de sensé pouvait être rassuré dans ce monde-ci…

Mais après tout, elle devait la vie à ce côté borné et obtus du jeune homme. S’il avait été un peu plus réaliste, elle serait morte depuis longtemps. Mais elle devait bien avouer que parfois, il devenait un peu étouffant. Mais elle savait être patiente, et souvent elle parvenait à lui ouvrir les yeux… Que l’équilibre du monde pouvait être ironique…

Elle entendit des bruits de pas derrière eux, et s’arrêta. Elle reconnut la voix d’un des "amis" de Dan :

- Ce soir, réunion générale au coucher du soleil, devant les portes de la banque. Tout le monde doit être présent.

Au moins, il ne pourrait pas lui demander de rester dans sa tente « pour plus de sûreté »… Elle ne voulait pas être considérée comme un poids, elle pouvait se rendre utile, elle le savait. Encore fallait-il qu'on la laissât libre de le faire. Dans tous les cas, ce soir-ci, elle ne serait pas mise à l'écart, tout le monde était directement concerné par les lugubres événements. Et si elle pouvait apporter un peu de douceur dans cette angoisse et cette douleur, elle le ferait.

Naïveté ou espoir fondé? Auriez-vous fait pareil, vous qui n'avez sur les épaules que le poids que vous voulez bien porter? Quand les mâchoires claqueront sur vos gorges tendres, il sera trop tard...

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Re: Les crocs de la nuit [RP privé - Wazaa/Evy]

Message par Invité le Mer 17 Nov - 0:36

Parmi toutes les âmes apeurées dont regorgeait cette ville, il y en avait une légèrement plus expérimentée que les autres, une qui avait connue la guerre et la misère, une qui devait logiquement être plus apte à supporter tout ça. Mais l'âge, bien que porteur de sagesse, faisait de ce personnage un être fragile physiquement, quelqu'un qui ne pourrait pas être d'une grande utilité dans un monde où seul les plus forts peuvent survivre.

Il était devenu encore plus faible depuis que le chaos s'était emparé de cette terre, son poids avait bien diminué, et un mal nouveau commençait à le ronger de l'intérieur. Il n'en avait plus pour très longtemps. Mais qui pouvait bien se vanter d'être sûr de vivre encore longtemps en ce lieu si inhospitalier, infesté de cadavres ambulants tellement jaloux des vivants… et prêts à tout pour les dévorer?
Qui pouvait encore dormir tranquille, et être certain d'être encore là pour voir le soleil se lever le jour suivant?

Et quand bien même il parvenait à trouver le sommeil, c'est les cauchemars qui venaient le hanter. Toute sa vie, il en avait vu des horreurs, surtout pendant la grande guerre. Trop jeune pour le combat à cette époque, il avait été désigné pour s'occuper d'une fermette dont les propriétaires s'étaient fait fusillés pour avoir participé à la résistance. Il y était resté toute sa vie, avait fondé une famille mais n'avait jamais vraiment connu le bonheur. Il avait eu deux fils, le premier périt dans l'incendie d'une grange, à l'âge de 10 ans. Le second mourût encore plus jeune, d'une maladie inconnue. Quant à son épouse, la pauvre mit fin à ses jours peu de temps après.

Il y avait de quoi devenir fou. Mais lui tenait bon. Il avait tenu toutes ses années grâce à ses employés qu'il chérissait plus que tout au monde, et aussi grâce à l'alcool… Un vrai poivrot le vieux. Jamais sans son litron. Enfin, désormais, il devait faire sans, sa réserve personnelle étant partie en fumée avec sa ferme le jour de la catastrophe… Ses deux employés, eux par contre, étaient toujours là. Ils avaient largement contribué à la fortification de cette « mini-ville » dans laquelle tous vivaient désormais. Avec tous les survivants qui trainaient dans les alentours, ils s'étaient regroupés, et formaient à ce moment une petite communauté plus ou moins bien organisée.

Une sorte de grande famille, sans véritable chef. C'était un peu le bordel par moments… Et avec le cadavre retrouvé ce jour là, la situation n'allait pas s'arranger.

- Monsieur Yago! Monsieur Yago! Venez-voir! C'est horrible! Tristan est…

Mort. Démembré. Décapité. Éviscéré. Il n'en restait plus grand-chose. Pourtant ils étaient tous sûrs qu'aucun zombie n'avait pu pénétrer en ville durant l'attaque. Et, à vrai dire, ça ne ressemblait pas vraiment au travail d'une de ces affreuses créatures. Mais qu'est-ce qui avait bien pu faire une atrocité pareil...?

Ça l'avait anéanti le vieux Yago. Tristan c'était son plus jeune employé, un garçon joyeux et toujours prêt à aider les autres, même dans les pires moments. Il l'avait connu alors qu'il n'était encore qu'un enfant, qu'il venait de quitter sa famille pour chercher du travail, y'a de cela dix années. Beaucoup trop jeune pour partir lui aussi… Le vieillard restait là devant la foule massée autour de la tente, atterré, à côté du cadavre. Puis il se releva difficilement, et d'une voix sanglotant, prononça à l'attroupement:

- Faut trouver ce qui a fait ça… Faut le trouver… Faut le trouver…

Yago se dirigea alors vers la sortie de la ville, longea le mur extérieur et commença à creuser une tombe pour son jeune ami. Il passa presque la journée à préparer la plus belle tombe possible, aidé par Lyn, désormais la seule personne qu'il lui restait… Lyn, c'était une femme qui approchait de la quarantaine, assez mince, plutôt timide, mais très proche du vieil homme, une sorte de confidente, peut-être un peu comme une fille pour lui. Il avait toujours été là pour elle, mais c'était surtout elle qui devait s'occuper de lui, supporter son caractère bien trempé, et s'assurer qu'il ne picole pas trop.

Ils étaient bien seuls devant la tombe, les autres étaient pour la plupart occupés à assurer la survie de la communauté un jour de plus, sans trop se soucier de l'incident qui avait eu lieu la nuit passée, et qui pouvait très bien se reproduire le lendemain.

- Monsieur Yago, la soleil se couche, il faut se rendre aux portes de la banque, tous les habitants doivent s'y présenter…

- Oui, je veux savoir qui est le salopard qui a bien pu faire ça!

Lyn sursauta.

- Comment?! Vous soupçonnez quand même pas un habitant d'être responsable de tout ça? Un tel acte n'a rien d'humain…

- Peut-être, mais les hommes ne sont pas tous humains Lyn, et je suis sûr qu'aucun mort-vivant n'est entré cette nuit…

Ils arrivèrent aux portes de la banque, là où étaient regroupés une grande partie des citoyens. Pour Yago, c'était simple : restait plus qu'à démasquer le coupable…

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